Cryptographie : Historique

 

II) Moyen Âge et Renaissance

       A) 1379

           Personne ne connaît Gabriel de Lavinde. Pourtant, c'est lui, simple secrétaire du pape Clément VII, qui inaugure, au XIV° siècle, le système de code secret le plus employé en Occident jusqu'à la Première Guerre mondiale. Son "nomenclateur" consiste principalement en un dictionnaire qui permet de transcrire en chiffres ou en signes mystérieux des mots et des syllabes courantes. Voler les "nomenclateurs" des autres nations pour déchiffrer leur correspondance devient dès lors un sport européen. Au XVIII° siècle, tous les gouvernements ont leur "cabinet noir" chargé d'espionner le courrier. Leon Battista ALBERTI (1404 - 1472)

       B) 1466

           Pour ce qui est du XV° siècle, c'est à un italien que l'on doit l'honneur de l'innovation. Les vingt-cinq pages manuscrites du Florentin Leon Battista Alberti constituent le plus ancien manuel de cryptologie occidental. Sa nouvelle méthode de chiffrement : le disque à chiffrer. Il est constitué de deux disques et sur chacun d'eux est écrit l'alphabet :

            Sur le petit disque mobile, l'alphabet, parfois dans le désordre, constituait un alphabet de substitution. Soit le mot clé Citron : on place alors le A du disque 2 en face du C du disque 1. On cherche alors la première lettre du message sur le deuxième disque et on la remplace par la lettre correspondante sur le premier disque. Disque à chiffrer On place ensuite le A du disque 2 en face du I du disque 1 et on remplace la lettre correcte prise sur le disque 2 par celle correspondante sur le disque 1. On fait de même jusqu'à avoir passé toutes les lettres de la clé. On reprend alors la clé au début et ainsi de suite. Une autre façon de l'utiliser était de mettre la première lettre du message en majuscule. Elle correspondait à la lettre à mettre en face du A. Les disques ne bougeaient plus jusqu'à la majuscule suivante qui indiquait une nouvelle lettre clé.
            Sans doute trop en avance sur son temps, le génie d'Alberti passa inaperçu. Son cadran, longtemps oublié, ne réapparut qu'en 1867, à l'Exposition Universelle de Paris où, sous le nom de cryptographe, il passa pour la géniale invention de l'Anglais Charles Wheaston...

       C) Confidentialité pour diplomates et sociétés secrètes

           Au XVI° siècle sont apparus deux grands codes secrets. Le premier a été mis au point par une société secrète de francs-maçons. Il s'agit du système du "case-cochon". Les lettres sont ici transformées en pictogrammes comme sur le dessin ci-dessous. Les lettres sont ainsi les "cochons" placés dans les "cases".

Case-cochon

           A la même époque, Blaise de Vigénère (1523 - 1596) met au point un nouveau système. Il remplit une grille de 26 rangées sur 26 colonnes avec toutes les lettres de l'alphabet.

ABCDEFGHIJKLM NOPQRSTUVWXYZ
BCDEFGHIJKLMN OPQRSTUVWXYZA
CDEFGHIJKLMNO PQRSTUVWXYZAB
DEFGHIJKLMNOP QRSTUVWXYZABC
EFGHIJKLMNOPQ RSTUVWXYZABCD
FGHIJKLMNOPQR STUVWXYZABCDE
GHIJKLMNOPQRS TUVWXYZABCDEF
HIJKLMNOPQRST UVWXYZABCDEFG
IJKLMNOPQRSTU VWXYZABCDEFGH
JKLMNOPQRSTUV WXYZABCDEFGHI
KLMNOPQRSTUVW XYZABCDEFGHIJ
LMNOPQRSTUVWX YZABCDEFGHIJK
MNOPQRSTUVWXY ZABCDEFGHIJKL
NOPQRSTUVWXYZ ABCDEFGHIJKLM
OPQRSTUVWXYZA BCDEFGHIJKLMN
PQRSTUVWXYZAB CDEFGHIJKLMNO
QRSTUVWXYZABC DEFGHIJKLMNOP
RSTUVWXYZABCD EFGHIJKLMNOPQ
STUVWXYZABCDE FGHIJKLMNOPQR
TUVWXYZABCDEF GHIJKLMNOPQRS
UVWXYZABCDEFG HIJKLMNOPQRST
VWXYZABCDEFGH IJKLMNOPQRSTU
WXYZABCDEFGHI JKLMNOPQRSTUV
XYZABCDEFGHIJ KLMNOPQRSTUVW
YZABCDEFGHIJK LMNOPQRSTUVWX
ZABCDEFGHIJKL MNOPQRSTUVWXY

            Pour crypter, l'expéditeur a besoin d'une clé qui peut être un mot, une phrase, etc. Le caractère codé est celui qui se trouve à l'intersection de la rangée de la lettre de la clé et de la colonne de la lettre du message. Ainsi, avec la clé COGITO, le message "J'ARRIVERAI DEMAIN" donne "LOXZCJGEGQWSOOOG". En posant C le texte codé, T le texte et K la clé, on peut traduire ceci par la formule :

C = T + K [mod 26]

            Pour déchiffrer le message, il suffit de faire l'opération inverse : On prend la ligne correspondant à la lettre de la clé, et on la suit jusqu'à rencontrer le caractère codé : la lettre décodée est alors la première ce cette colonne. Ce qui se traduit par la formule :

T = C - K [mod 26]

            Ce mode de chiffrement est devenu célèbre car c'était l'un des premiers à ne pas associer toujours les deux même lettres (dans l'exemple, R est codé successivement en X, Z et E), comme le disque à chiffrer.

       D) XVI° siècle

           Pendant cette période, le mathématicien Jerome Cardano (1501 - 1576), auteur de la formule de résolution des équations du troisième degré, inventa le principe de la grille trouée. En appliquant une grille trouée spécialement, l'expéditeur écrit sur une feuille les lettres ou les mots de son message. En retirant la grille, il complète alors les trous par des lettres prises au hasard pour rendre ce message incompréhensible ou des mots de manière à former une lettre anodine. Le destinataire n'avait plus qu'à appliquer la même grille pour faire apparaître le message.

Cryptage avec grille Jerome Cardan (1501 - 1576)

        E) La guerre d'indépendance

           Pendant la guerre d'Indépendance aux Etats-Unis, Benedict Arnold (1741 - 1801), directeur de l'Académie militaire américaine de West Point, trahit les Etats-Unis et vendit aux Anglais des renseignements importants. Il utilisa, pour faire passer ses messages, un mode de cryptage non plus lettre par lettre mais mot par mot. Ayant convenu d'un dictionnaire avec les Anglais, il codait chaque mot de ses messages en le remplaçant par trois nombres :
- Le numéro de la page du dictionnaire sur laquelle il figurait ;
- Le numéro de la ligne sur laquelle il se trouvait ;
- Et enfin le numéro du mot dans la ligne. Thomas JEFFERSON (1743 - 1826)

 

           A la même époque, le président des Etats-Unis Thomas Jefferson (1743 - 1826) mit au point sa propre machine à crypter. Il s'agissait d'un cylindre constitué de quelques roues fixées sur un axe. Sur chaque roue se trouvait l'alphabet complet mais dans des ordres différents. Le président écrivait alors son message sur une ligne. Il choisissait ensuite une autre ligne au hasard où les lettres ne voulaient plus rien dire. Le correspondant écrivait alors ce message sur son propre cylindre et le faisait tourner pour trouver une ligne intelligible qui correspond au message.

 

Schéma du cylindre de Jefferson

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